Numérisation des dossiers du personnel : quelles garanties de conformité exiger ?

La numérisation des dossiers du personnel est une étape inéluctable dans la modernisation de la fonction Ressources Humaines. Elle promet des gains d’efficacité considérables : accès facilité, réduction des coûts de stockage physique, et fluidification des processus administratifs. L’enjeu n’est plus seulement technique ou organisationnel ; il est avant tout juridique et réglementaire.

Les fondations légales de la numérisation : RGPD et obligations de conservation

La dématérialisation des documents RH n’affranchit en aucun cas l’employeur de ses obligations, au contraire. Le passage au numérique complexifie leur application en nécessitant des garanties supplémentaires sur la fiabilité et la sécurité des données.

Les exigences incontournables du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD)

Le RGPD est la pierre angulaire de la conformité pour tout traitement de données personnelles, et les dossiers du personnel en sont la quintessence. L’entreprise, en tant que responsable du traitement, doit s’assurer que l’intégralité du processus de numérisation respecte plusieurs principes fondamentaux.

Le premier est celui de la minimisation des données : seules les informations strictement nécessaires aux finalités définies (gestion du contrat de travail, paie, etc.) doivent être traitées. De plus, la numérisation doit être réalisée sur la base d’un fondement légitime (exécution du contrat, obligation légale). L’employeur doit par ailleurs garantir le respect du droit d’accès des salariés à leurs données et, le cas échéant, leur droit de rectification ou d’effacement.

Le RGPD impose également une obligation de sécurité des données personnelles. Cela signifie que le stockage de données, le cryptage des données et la sécurisation du système d’information sécurisé doivent être au cœur des préoccupations. L’accès aux informations du personnel doit être strictement contrôlé et limité aux seules personnes habilitées. Un Data Protection Officer (DPO) ou son équivalent, interne ou externe, doit être impliqué dans la validation du processus de numérisation pour veiller à l’application rigoureuse de ces principes.

Durées de conservation légales et archivage à valeur probatoire

L’une des contraintes majeures est la durée de conservation légale des documents RH. Selon leur nature (bulletins de paie, contrats de travail, documents fiscaux, etc.), ces durées varient de un à cinquante ans. Le système d’archivage numérique choisi doit être capable de gérer ces cycles de vie de manière automatique et traçable, garantissant que les documents sont conservés le temps requis et détruits de manière sécurisée ensuite.

 

Législation française

Numérisation des dossiers du personnel - législation françaiseEn France, la numérisation de certains documents, notamment ceux ayant une incidence fiscale ou sociale (comme les bulletins de paie électroniques), doit garantir une valeur probatoire égale à celle du document papier original. Pour qu’une copie numérique ait la même force probante qu’un original papier, le procédé doit être de nature à en garantir l’intégrité des documents et la traçabilité dans le temps. Cela nécessite l’utilisation de techniques spécifiques, souvent encadrées par des normes, permettant d’éviter toute altération. C’est là qu’interviennent les garanties techniques et les certifications.

 

Garanties techniques et normatives à exiger pour la conformité

La simple numérisation (scan) ne suffit pas à conférer une valeur probatoire ou une sécurité adéquate. Il est impératif d’exiger des garanties techniques et de s’appuyer sur des référentiels reconnus.

La nécessité des normes et certifications : NF Z42-026 (NF 461) et NF Z42-013 (NF 544)

Pour prouver l’intégrité et la fiabilité des copies numériques, le recours à des normes est essentiel. La norme française la plus pertinente pour la numérisation fidèle est la NF Z42-026 (anciennement NF 461).

 

La norme NF Z42-026

normes - certificationCette norme définit un cadre de référence pour l’élaboration de copies numériques fidèles d’originaux sur support papier. Elle établit des exigences méthodologiques et techniques strictes pour les procédés de numérisation, l’horodatage, le scellement et le stockage. Un prestataire certifié NF Z42-026 garantit que le document numérique généré est une copie fiable qui possède la même valeur que le document papier initial, notamment en cas de contrôle ou de litige.

NUMÉRISATION DE VOS DOCUMENTS ET ARCHIVES

Numérisation des dossiers du personnel

Exiger que le prestataire de dématérialisation des dossiers du personnel, et le système d’archivage électronique utilisé, soient conformes à ces normes est une garantie minimale de conformité technique.

Le rôle de la sécurité informatique et de la cryptographie

La protection des données sensibles contenues dans les dossiers du personnel exige des mesures de sécurité informatique robustes, allant au-delà des simples accès.

  • Cryptage des données : Toutes les données personnelles doivent être chiffrées (cryptées) à la fois lors de leur transmission sécurisée des informations (via SSL/TLS) et lors de leur stockage (cryptage au repos).
  • Contrôle d’accès strict : Le système doit permettre un accès granulaire, garantissant que seuls les membres du service RH ou de la direction habilités puissent consulter un document, et que ces accès soient tracés dans des journaux d’audit.
  • Sécurité du Système d’Information : S’appuyer sur un prestataire certifié ISO 27001 (norme internationale pour la gestion de la sécurité de l’information) offre une assurance supplémentaire quant à l’engagement de celui-ci en matière de sécurisation de ses infrastructures.

 

Choix des solutions et prestataires : les critères de sélection essentiels

La conformité lors de la numérisation dépend fortement de la qualité du prestataire ou de la solution logicielle retenue. Les responsables en charge de la numérisation doivent évaluer les candidats sur des critères de fiabilité, de sécurité et d’expertise réglementaire.

Évaluation de l’expertise et des certifications

Avant tout, le prestataire doit démontrer sa parfaite connaissance des obligations légales françaises (droit du travail, fiscalité) et européennes (RGPD). La question à poser est simple : Quelles garanties minimales proposez-vous pour assurer la conformité lors de la numérisation des dossiers du personnel ?

L’exigence de conformité doit se traduire par des preuves tangibles, récapitulées dans le tableau suivant :

Domaine de Conformité Garantie à exiger Preuve(s) demandée(s)
Valeur probatoire Procédure de numérisation fidèle Certificat NF Z42-026 (ou preuve de conformité équivalente)
Archivage sécurisé Système d’Archivage Électronique (SAE) conforme Certification NF Z42-013 (ou service d’archivage agréé SIAF)
Sécurité des données Gestion sécurisée et intègre de l’information Certification ISO 27001 pour l’infrastructure

 

Choisir une solution intégrée dans des logiciels de gestion des ressources humaines (SIRH) reconnus peut simplifier l’interopérabilité et l’application des politiques d’accès.

Le contrat de sous-traitance et la responsabilité partagée

Dès lors que l’on fait appel à un prestataire pour la numérisation et l’archivage, celui-ci agit en tant que sous-traitant au sens du RGPD. Le responsable RH doit formaliser un contrat clair qui :

  1. Définit précisément les instructions de traitement (finalités, durées de conservation).
  2. Impose au sous-traitant l’application de mesures de sécurité conformes (cryptage, accès contrôlé).
  3. Prévoit les modalités de restitution ou de destruction sécurisée des données en fin de contrat.

Il est vital de rappeler que la responsabilité des employeurs ne s’efface pas avec l’externalisation. L’entreprise reste responsable du traitement final devant la CNIL et les salariés. Des audits de conformité réguliers chez le prestataire sont une bonne pratique pour vérifier l’application continue des mesures contractuelles.

Risques encourus et bonnes pratiques pour un processus maîtrisé

La non-conformité dans le traitement des dossiers du personnel peut avoir des conséquences graves, tant sur le plan juridique que sur la réputation de l’entreprise.

Infographie - Risques encourus et bonnes pratiques pour un processus maitrisé

Les risques d’un manquement à la conformité

Les risques sont de trois ordres principaux :

  • Risques juridiques et financiers : En cas de non-respect du RGPD, la CNIL peut prononcer des sanctions administratives lourdes, pouvant aller jusqu’à 4% du chiffre d’affaires mondial. L’absence de valeur probatoire des documents numérisés peut entraîner la nullité de preuves en cas de litige prud’homal (contrats, avenants, etc.), exposant l’entreprise à des condamnations importantes.
  • Risques liés à la sécurité : Une faille dans la sécurité informatique ou une erreur de manipulation (typique des erreurs humaines au numérique) peut conduire à un accès non autorisé ou à une fuite de données personnelles. L’employeur a alors l’obligation de notifier la violation à la CNIL et aux salariés concernés, avec un impact désastreux sur l’image et la confiance.
  • Risques liés à la fiabilité : Une mauvaise technique de numérisation peut générer des copies illisibles ou incomplètes, créant des difficultés dans la gestion administrative quotidienne ou, pire, rendant un document inexploitable comme preuve légale.

Les meilleures pratiques pour un processus de numérisation sécurisé

Pour minimiser ces risques, l’adoption d’une démarche rigoureuse est nécessaire, s’étendant bien au-delà de la simple numérisation.

  1. Phase préparatoire : Établir une politique de gestion des documents RH : définir quels documents doivent être numérisés, quelles sont leurs durées de conservation respectives, et obtenir, si nécessaire, le consentement des salariés pour certaines utilisations spécifiques (bien que souvent le fondement légal soit suffisant).
  2. Phase de numérisation : S’assurer que le prestataire utilise un matériel et une technique de numérisation certifiés (NF Z42-026) et un processus qui intègre l’horodatage et le scellement électronique de chaque document pour garantir l’intégrité des documents.
  3. Phase d’archivage : Utiliser un Système d’Archivage Électronique (SAE) certifié NF Z42-013. Ce système doit permettre un accès contrôlé aux informations et une traçabilité complète. L’intégration des systèmes d’archivage avec le SIRH doit être fluide et sécurisée.
  4. Formation et sensibilisation : Former régulièrement les équipes RH aux meilleures pratiques de sécurité et au processus de gestion de documents pour éviter les erreurs humaines et s’assurer que seuls les accès contrôlés sont utilisés.
  5. Signature électronique : Pour les nouveaux documents (contrats, avenants), utiliser si possible une signature électronique qualifiée (REQ) qui offre le niveau de preuve le plus élevé, garantissant l’identité du signataire et l’intégrité du document dès sa création.

Sécuriser l’avenir de la fonction RH par une conformité sans faille

La numérisation des dossiers du personnel est un levier de productivité puissant pour l’entreprise moderne. Elle permet de transformer le service RH en un véritable partenaire stratégique. Toutefois, cette transition vers le dossier électronique sécurisé est indissociable d’une démarche de conformité réglementaire rigoureuse. En exigeant des prestataires des garanties solides, attestées par des normes reconnues comme la NF Z42-026 pour la numérisation fidèle et la NF Z42-013 pour l’archivage sécurisé, et en appliquant les principes fondamentaux du RGPD (sécurité, accès contrôlé, durée de conservation), les entreprises s’assurent non seulement de respecter la loi, mais aussi de protéger leurs actifs les plus précieux : les données de leurs collaborateurs et leur propre sécurité juridique.

FAQ

La simple numérisation de mes documents RH a-t-elle une valeur probatoire légale ?

Non. Pour obtenir la même force probante que l’original papier, la numérisation doit être réalisée selon un procédé technique fiable, garantissant l’intégrité du document. Il est recommandé de se conformer à la norme française NF Z42-026 pour la numérisation et d’utiliser un Système d’Archivage Électronique (SAE) certifié NF Z42-013.

Quelles sont les conséquences si je ne respecte pas les durées de conservation légales des dossiers du personnel ?

Le non-respect expose à des sanctions. Conserver trop longtemps viole le RGPD (risque de sanction CNIL). Conserver pas assez rend impossible la production de preuves en cas de contrôle (URSSAF, fiscal) ou de litige prud’homal. Votre SAE doit gérer automatiquement ces durées de conservation légales.

Mon prestataire de numérisation et d’archivage est-il seul responsable en cas de fuite de données ?

Non. L’employeur reste le responsable du traitement des données. Le prestataire est un sous-traitant. Les deux sont responsables : le prestataire s’il ne respecte pas les instructions ou les mesures de sécurité, et l’employeur s’il a choisi un prestataire sans garanties suffisantes ou si le contrat de sous-traitance est incomplet.

Les documents RH que je numérise doivent-ils tous être cryptés ?

Oui. Le cryptage (chiffrement) est essentiel pour la sécurité des données sensibles. Il doit être appliqué à deux niveaux : pendant le transfert des données (via TLS/SSL) et lors du stockage sur les serveurs du système d’archivage (cryptage au repos).

Quel est le rôle du DPO (Data Protection Officer) dans un projet de numérisation RH ?

Le DPO conseille l’entreprise sur la conformité légale (RGPD), s’assure de l’application des mesures de sécurité et peut être amené à valider l’impact de la numérisation sur la protection des données (via une AIPD). Son implication garantit que le projet respecte les exigences de protection des informations du personnel.

Livre blanc

5 Bénéfices de la dématérialisation des dossiers du personnel

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